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	<title>Social - Psy Frontignan - Psychothérapie &amp; Hypnose - Frontignan, Sète, Balaruc</title>
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	<description>Psy Frontignan - Psychothérapie &#38; Hypnose - Thérapies Brèves &#38; Accompagnement Psychologique à Frontignan, Sète, Balaruc</description>
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		<title>Prédation masquée dans le bien-être &#038; la santé mentale: Quand les loups se déguisent en agneaux thérapeutiques.</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Apr 2025 10:01:58 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-uagb-image uagb-block-fc94e419 wp-block-uagb-image--layout-default wp-block-uagb-image--effect-static wp-block-uagb-image--align-none"><figure class="wp-block-uagb-image__figure"><img decoding="async" srcset="https://psyfrontignan.com/wp-content/uploads/2025/04/image-1024x683.png ,https://psyfrontignan.com/wp-content/uploads/2025/04/image.png 780w, https://psyfrontignan.com/wp-content/uploads/2025/04/image.png 360w" sizes="auto, (max-width: 480px) 150px" src="https://psyfrontignan.com/wp-content/uploads/2025/04/image-1024x683.png" alt="Prédation masquée dans le bien-être &amp; la santé mentale: Quand les loups se déguisent en agneaux thérapeutiques." class="uag-image-7739" width="1024" height="683" title="image" loading="lazy" role="img"/></figure></div>



<p id="ember9545"><br>Encore aujourd’hui, je reçois sur un autre réseau social bien connu, une demande d’ami sans aucun contexte, d’un homme (présent sur un groupe de praticien·nes en Hypnose, lui aussi bien connu, d’où proviennent une vaste majorité de ces demandes “cheloues”).<br>C’est un peu toujours les mêmes, celui-ci se présente sur son profil comme proposant – attention attention drum rolls – un “<em>accompagnement immersif sur mesure pour femmes atypiques et audacieuses en transition de vie</em>”. Lui il précise même “<em>deuil ou rupture</em>”.</p>



<p id="ember9547"><strong>Le “décodeur à bullshit pseudo-thérapeutique”, couplé au “décodeur à bullshit de mecs chelous” est sans appel lorsqu’il traduit:</strong><br><strong>“<em>Je suis un homme qui cible des femmes vulnérables, dans un moment de fragilité accrue, pour se positionner en guide/sachant/mentor sous couvert de bienveillance.</em>”</strong></p>



<p id="ember9549">En plus je trouve qu’on manque cruellement de mecs qui expliquent aux femmes ce qu’elles vivent, ce qu’elles sont, et comment elles devraient s’y prendre pour aller mieux. (/s)</p>



<p id="ember9550"><strong>Blague à part, on en parle de ce phénomène ? Ces hommes qui, n’ayant pas pu activer d’autres leviers de domination</strong> (statut, pouvoir, séduction frontale…), <strong>viennent se recycler tranquillou dans les milieux psy</strong>, bien-être, coaching, <strong>avec un vernis de langage thérapeutique-ascendant-féministe-inclusif, pour se faire passer pour “safe”</strong> ?<br>Une voie royale pour venir chasser dans un vivier de personnes souvent en détresse, en quête parfois presque désespérée d’un mieux-être, et donc particulièrement sensibles à ce type de discours.<br><strong>C’est une prédation feutrée, enveloppante, aux gestes lents et à la voix douce, qui comme d’hab ne dit pas son nom.</strong></p>



<p id="ember9553">Les rapports de genre structurent depuis longtemps les milieux de la psychologie et du bien-être. <strong>Historiquement, la figure du thérapeute est masculine, face à des patientes féminines, dont la parole est interprétée sous un prisme patriarcal… et PAF, ça fait des hystériques.</strong></p>



<p id="ember9554"><strong>Aujourd’hui, les choses font mine d’avoir évolué</strong>. En 2022, la France comptait 84 007 psychologues, dont près de 86% sont des femmes (ADELI / DREES). Côté coaching, même tendance : 72% des coachs professionnel·les sont des femmes selon la SFCoach. Les infirmier·ères, y compris en psychiatrie, sont à 86,6 % des femmes.<br>Les psychomotricien·nes (90 % ) et ergothérapeutes (≈86 % ) présentent des proportions similaires. Plus largement, le secteur du bien-être (massages, soins corporels, relaxation) est décrit comme « extrêmement féminin ».<br>Une infographie de 2014 montrait qu’il comptait pas moins de 98 % de femmes parmi ses employé·es. Et si on zoome sur les reconversions, post-covid oblige, c’est une vague entière de femmes qui ont quitté des métiers précaires ou épuisants pour se former dans le “care”, le soin, le bien-être, la relation d’aide. En 2021, Pôle emploi observait une augmentation marquée des inscriptions aux formations en santé mentale, développement personnel et bien-être, en grande majorité féminines.</p>



<p id="ember9557"><strong>Ce n’est pas qu’une anecdote, c’est une dynamique. Les travailleuses du bien-être et de la santé mentale en France (psychologie, paramédical, développement personnel, etc.) sont donc très majoritairement… des femmes</strong>.</p>



<p id="ember9558">Malgré cela, parmi<strong> les figures visibles, les praticiens “stars”, formateurs vedettes, et autres gourous du coaching sont bien souvent… des hommes.</strong> Ils parlent bien, présentent bien, et peuvent jouir d’une autorité disproportionnée sur un public essentiellement féminin.</p>



<p id="ember9559">Pour illustrer concrètement ces dynamiques, on peut comparer quelques figures connues du bien-être et de la santé psychologique en France, et observer leur traitement médiatique. Des personnalités comme Boris Cyrulnik, Christophe André ou Fabrice Midal sont devenues de véritables références médiatiques.<br>Boris Cyrulnik (neuropsychiatre) est ainsi régulièrement sollicité par les pouvoirs publics (il a présidé une commission gouvernementale sur la petite enfance) et par les médias pour commenter divers enjeux psychologiques. Sa parole bénéficie d’un fort crédit et d’une large diffusion.<br>De même, Christophe André (psychiatre) est invité sur les plateaux pour parler de méditation, de bonheur, etc., et il a vendu des centaines de milliers de livres. Ces hommes sont présentés comme des experts sages et bienveillants, leurs propos sont relayés avec sérieux, avec des tribunes régulières, un statut d’auteur à succès et un capital de confiance élevé auprès du public.</p>



<p id="ember9562">Des expertes et auteures existent évidemment, mais leur reconnaissance médiatique est plus confidentielle. Par exemple, la psychologue Jeanne Siaud-Facchin, spécialiste des enfants à haut potentiel, jouit d’une solide réputation professionnelle et a publié des ouvrages grand public. Cependant, elle est moins fréquemment invitée dans les médias généralistes que ne le sont ses confrères masculins sur d’autres sujets de psychologie.<br>De même, la pédopsychiatre Muriel Salmona, très engagée sur la question des violences sexuelles et du trauma, est connue dans le milieu militant et scientifique ; toutefois sa visibilité télé/radio demeure limitée à des contextes spécialisés ou associatifs, bien loin de la notoriété d’un Cyrulnik.<br>On peut citer également Isabelle Filliozat, pionnière de l’éducation bienveillante : ses livres se vendent bien, mais elle intervient surtout dans des cercles dédiés (conférences parentales, médias parentaux) et n’a pas la même aura grand public qu’un Christophe André par exemple.<br><br>Quand des femmes accèdent à une certaine visibilité, elles sont souvent cantonnées à un registre précis (souvent lié aux femmes ou à la famille), ou font l’objet d’un certain scepticisme ou d’une sexualisation. Leur expertise est parfois reléguée au second plan au profit de leur récit personnel ou d’une image plus émotionnelle, là où les hommes “gourous” du développement personnel sont décrits comme des mentors charismatiques, des entrepreneurs à succès ou des intellectuels humanistes (et leurs éventuelles “frasques” ou controverses sont relativisées par leur statut d’autorité).<br>Ce double standard se remarque dans la presse people ou les portraits médiatiques : un homme sera “expert”, une femme sera “blogueuse”, “influenceuse” ou “ancienne miss reconvertie”.</p>



<p id="ember9567">Ainsi, la crédibilité accordée d’emblée diffère: <strong>on a d’un côté des femmes soignantes, de l’autre, des hommes prophètes.</strong></p>



<p id="ember9568">En parallèle, <strong>ce sont aussi majoritairement des femmes qui consultent</strong>. En 2022, elles ont pris plus de 78 % des rendez-vous chez les psychologues via Doctolib . Ce chiffre grimpe à 76 % chez les 18-24 ans .<br>Cette surreprésentation féminine dans les consultations reflète une réalité sociale : <strong>les femmes assument souvent la charge émotionnelle de leur entourage</strong>. Elles consultent non seulement pour elles-mêmes, mais aussi en raison du refus de leurs compagnons, pères ou frères de chercher de l’aide. <strong>Elles assument le rôle de psy de leur mec, de leur père, de leur frère…</strong></p>



<p id="ember9570"><strong>La répartition des responsabilités familiales demeure très inégalitaire</strong> : 54 % des Françaises déclarent prendre majoritairement en charge les tâches ménagères du foyer, contre seulement 7 % des hommes . D’après un baromètre de 2023, les personnes en souffrance psychique citent le plus souvent <strong>une charge mentale trop lourde</strong> comme cause de leur mal-être (64 % des sondés). Ce surplus de stress chronique peut entraîner épuisement, irritabilité, anxiété et symptômes dépressifs. En outre, la difficulté à concilier vie professionnelle et vie familiale reste source de tension : les normes sociales valorisent à la fois la réussite au travail et l’investissement maternel, imposant aux femmes une pression de performance dans tous les domaines de vie. Cette double contrainte engendre un sentiment de culpabilité ou d’insatisfaction (par exemple le “syndrome de la mauvaise mère” chez certaines actives).</p>



<p id="ember9571"><strong>Les violences faites aux femmes constituent un facteur extrême mais malheureusement fréquent de mal-être psychologique.</strong> En France, les dernières enquêtes révèlent des chiffres alarmants. Au sein du couple, on estime qu’en 2022 environ 373 000 femmes de 18 ans et plus ont subi des violences physiques, sexuelles et/ou psychologiques de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. En dehors du cercle conjugal, les violences sexistes et sexuelles sont tout aussi répandues : en 2022, 230 000 femmes ont été victimes de viol, tentative de viol ou agression sexuelle, or ce chiffre est une estimation minimale, car seule une minorité de victimes porte plainte (enquête 2023 : seulement 6 % des femmes victimes d’agression sexuelle ont déposé plainte). L’ampleur réelle du phénomène reste donc largement sous-estimée. Les conséquences psychiques de ces violences sont dévastatrices.</p>



<p id="ember9572"><strong>La période autour de la maternité (grossesse et surtout post-partum) est un moment délicat pour la santé psychique de nombreuses mères </strong>qui font face à un choc hormonal, à la fatigue et à de nouvelles responsabilités intenses qui peuvent engendrer des troubles dépressifs ou anxieux. On parle de dépression post-partum (DPP) lorsque des symptômes dépressifs significatifs apparaissent dans les semaines ou mois suivant l’accouchement. Selon l’Enquête Nationale Périnatale 2021, la prévalence de la dépression du post-partum à 2 mois après l’accouchement est estimée à 16,7 % en France. Autrement dit, environ une mère sur six souffre d’une dépression post-natale dans les premières semaines de bébé. Ce trouble se manifeste par une profonde tristesse, un épuisement, un sentiment d’incompétence maternelle, voire des idées noires.</p>



<p id="ember9573"><strong>Les inégalités de genre dans le monde du travail et la précarité économique constituent un autre volet explicatif du mal-être des femmes. </strong>En 2023, dans le secteur privé, le revenu salarial moyen des femmes est inférieur de 22,2 % à celui des hommes . À poste et temps de travail équivalents, l’écart se réduit mais demeure réel (environ 4 % de salaire net en moins pour les femmes).</p>



<p id="ember9574">Selon une enquête menée par l’IFOP pour la plateforme Let’s Tolk en novembre 2024, <strong>57 % des hommes interrogés déclarent avoir vécu un trouble psychique</strong> au cours de leur vie. Cependant, <strong>seulement 62 % de ces 57% ont consulté un professionnel de santé mentale. </strong>Les normes sociales associées à la virilité dissuadent les hommes d’exprimer leur vulnérabilité. <strong>Vincent Lapierre, directeur du Centre de prévention du suicide à Paris, souligne que “la virilité, ce mélange de fierté et de compétition, va à l’encontre de l’expression de sa vulnérabilité, de ses angoisses”.</strong></p>



<p id="ember9575"><strong>On pourrait presque dire que les femmes consultent à cause des hommes de leur vie qui refusent de le faire.</strong></p>



<p id="ember9576">Ainsi, les femmes portent la double casquette de soignantes et de patientes, souvent sans reconnaissance ni soutien adéquat. <strong>À la maison, les femmes font le travail psychique pour deux, tandis qu’à l’extérieur, certains hommes s’autorisent à “aider” les femmes… mais uniquement quand ça les place en position d’autorité, de guide, d’homme qui sait.</strong></p>



<p id="ember9577"><strong>On retrouve ici ce que j’appelle le paradoxe de la cuisine </strong>: dans l’espace domestique, la tradition patriarcale aime a rappeler que “la place dela femme est à la la cuisine”, néanmoins, dès qu’il s’agit de prestige, de reconnaissance, de projecteurs, ce sont les hommes qu’on retrouve derrière les fourneaux étoilés.</p>



<p id="ember9578">Et c’est pareil dans le champ du soin. <strong>Même dans les espaces où ils nous avaient confinées, jugés secondaires, les hommes réapparaissent dès qu’un peu de lumière ou de pouvoir est en jeu</strong>, ils investissent, recentrent, redéfinissent, jusqu’à s’imposer comme figures incontournables de ces lieux qu’ils avaient eux-mêmes méprisés.</p>



<p id="ember9579">Cette configuration (un homme en position de sachant face à des femmes en recherche d’aide) reproduit un schéma de pouvoir familier. Des études montrent que <strong>lorsque des abus surviennent en psychothérapie, ils impliquent très majoritairement un thérapeute homme et une patiente femme</strong>. Par exemple, une enquête australienne sur 40 femmes ayant subi des abus sexuels en thérapie a révélé que 90% des agresseurs étaient des praticiens de sexe masculin, souvent des thérapeutes seniors très qualifiés et charismatiques. Ce constat suggère un problème systémique : <strong>le statut conféré aux hommes dans la relation d’aide peut faciliter des abus de pouvoir, en écho aux inégalités de genre de la société en général</strong>. Comme le souligne l’auteure de cette étude, la culture professionnelle reflète les problèmes fondamentaux des rapports de genre de la société globale, et <strong>un changement culturel nécessiterait une meilleure éducation aux questions de pouvoir et de politique sexuelle pour y remédier</strong>.</p>



<p id="ember9580"><strong>L’histoire même des pratiques psychothérapeutiques a longtemps été traversée par une culture de la suspicion envers les victimes de violences sexuelles, et la psychanalyse freudienne en constitue l’un des exemples les plus structurants</strong>. À l’origine, Freud émet l’hypothèse d’un lien entre symptômes hystériques et violences sexuelles subies (théorie de la séduction), avant de se rétracter, considérant finalement que ces récits d’abus seraient des fantasmes inconscients relevant du complexe d’Œdipe. Ce retournement – à la fois théorique, stratégique et politique – marque un moment de bascule fondamental dans l’histoire de la clinique occidentale : <strong>la réalité des violences sexuelles devient symbolisée, réinterprétée, mise à distance.</strong> <strong>Dès lors, la parole des femmes et des enfants est systématiquement questionnée, analysée, filtrée à travers une grille de lecture qui peut occulter, voire invalider leur expérience traumatique.</strong></p>



<p id="ember9581">Des autrices comme Florence Rush ou Jeffrey Masson ont documenté l’impact dévastateur de ce virage sur la manière dont les récits de violences sexuelles ont été accueillis au XXe siècle dans les milieux psy. <strong>Dans The Freudian Cover-Up (1980), Rush décrit comment la psychanalyse a participé à une culture du silence sur l’inceste, en transformant des agressions en fantasmes infantiles. </strong>Jeffrey Masson, dans The Assault on Truth (1984), accuse Freud d’avoir cédé à la pression sociale et professionnelle en abandonnant la reconnaissance des traumas sexuels réels. <strong>Ces critiques mettent en lumière une structure patriarcale dans la pensée psychanalytique, où le discours du maître prime sur le vécu du sujet.</strong></p>



<p id="ember9582">Encore aujourd’hui, de nombreux témoignages de patientes rapportent des expériences cliniques où leurs récits de violences ont été minimisés, sexualisés ou interprétés de manière symbolique plutôt que reconnus comme des événements traumatiques concrets. Des recherches en psychotraumatologie (van der Kolk, 2015 ; Salmona, 2020) montrent que le non-reconnaissance du trauma constitue en soi un facteur aggravant, prolongeant les effets de dissociation, de honte et de désorganisation psychique.</p>



<p id="ember9583">Ce désalignement entre certains cadres théoriques dominants et la réalité des violences sexuelles vécues crée un terreau fertile pour les abus. <strong>Lorsqu’une discipline érige en dogme l’idée que la mémoire est trompeuse, que la parole est suspecte, ou que l’agression n’est jamais tout à fait ce qu’elle semble être, elle ouvre la voie à des postures d’autorité excessives</strong>, où le praticien détient seul les clés de lecture du psychisme de l’autre. Ce déséquilibre peut glisser insidieusement vers l’emprise, la dépossession de soi, ou même l’exploitation sexuelle, en particulier dans les contextes où la vulnérabilité est forte et la frontière entre accompagnement et domination mal balisée.</p>



<p id="ember9584">Ce cadre théorique, historiquement aveugle à la dimension structurelle des violences de genre, reste encore largement influent dans les milieux de la psychanalyse, mais aussi dans certaines pratiques de coaching ou de “développement personnel” qui en reprennent, parfois inconsciemment, les schémas implicites : valorisation du charisme du praticien, méfiance vis-à-vis de la parole brute du sujet, interprétation des affects féminins comme “excessifs” ou “irrationnels”. <strong>C’est précisément dans ces zones grises entre savoir et pouvoir, entre guidance et emprise, que peuvent s’insinuer les formes contemporaines de prédation “à la voix douce” décrites dans cet article.</strong> Autrement dit, l’héritage épistémologique de la psychanalyse classique continue de résonner dans les nouvelles figures du “thérapeute éveillé”, du “coach à l’écoute”, du “mentor en conscience”… avec des effets parfois tout aussi délétères.</p>



<p id="ember9585">Sur la scène internationale, <strong>l’essor du marché du bien-être et du développement personnel (estimé à plus de 11 milliards de dollars dans le monde ces dernières années ) s’est largement appuyé sur une cible féminine</strong>, incitant certains hommes à se positionner comme « guides » dans ce secteur florissant.</p>



<p id="ember9586"><strong>Plusieurs scandales retentissants ont d’ailleurs mis en lumière l’emprise que pouvaient exercer des hommes gourous sur leurs adeptes féminines</strong>.</p>



<p id="ember9587">Le mouvement NXIVM aux États-Unis en est un exemple extrême : sous couvert de coaching entrepreneurial et d’épanouissement personnel, son dirigeant Keith Raniere avait établi un véritable système d’esclavage sexuel de ses disciples, majoritairement des femmes, avant d’être condamné en 2020.</p>



<p id="ember9588">De même, le milieu du yoga occidental a dû affronter son #MeToo : depuis les années 1990, une série de scandales impliquant des hommes puissants de la communauté yoga (Swami Satchidananda, Bikram Choudhury, Pattabhi Jois, etc.) ont révélé des décennies d’abus sexuels sur des élèves, tolérés sous couvert de dévotion.</p>



<p id="ember9589">En France, l’actualité récente a également illustré ce phénomène avec l’affaire du gourou de yoga tantrique Grégorian Bivolaru : ce « maître » d’envergure internationale a été arrêté à Paris en 2023, soupçonné d’avoir endoctriné des adeptes pour exploitation sexuelle, une affaire impliquant des accusations de viol, de traite d’êtres humains et d’abus de faiblesse en bande organisée.</p>



<p id="ember9590">En juin 2009, un psychiatre niçois a été mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur plusieurs patientes, qu’il aurait abusées sous hypnose lors de consultations. Il leur aurait fait croire que certains actes faisaient partie du processus thérapeutique, usant de son autorité médicale pour installer une emprise.</p>



<p id="ember9591">Elysée Adé, se présentant comme maître de kung-fu et thérapeute sans diplôme reconnu, a été condamné en 2022 pour abus de faiblesse et agressions sexuelles. Il imposait à ses adeptes des pratiques sexuelles coercitives, notamment des séances de masturbation et des rapports imposés, sous couvert de développement personnel et spirituel. Il a été condamné à 30 mois de prison, dont 10 mois fermes, et interdit d’exercer toute activité thérapeutique ou commerciale liée à l’accompagnement personnel.</p>



<p id="ember9592">En mars 2021, Cyril Z., qui se présentait comme hypnothérapeute, a été mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur au moins 17 femmes, qu’il aurait droguées au Zolpidem avant de les abuser, parfois en les filmant à leur insu.</p>



<p id="ember9593">En avril 2024, un psychiatre de 72 ans, exerçant à Paris a été accusé par plusieurs patientes d’agressions sexuelles lors de séances d’hypnose.</p>



<p id="ember9594">Entre 2016 et 2019, un psychiatre francilien est accusé de viols sur une patiente vulnérable, sous couvert de “câlinothérapie”, une pratique non reconnue médicalement. Profitant d’un transfert affectif, il aurait instauré une relation d’emprise progressive, jusqu’à des rapports sexuels imposés dans le cadre du suivi.</p>



<p id="ember9595">Enfin, Gérard Miller, psychanalyste et figure médiatique en France, a été accusé en 2023 de viol et d’agressions sexuelles par plusieurs femmes. Les faits allégués remontent à plusieurs années et concernent des patientes ou des collaboratrices. L’affaire est en cours d’instruction, et M. Miller conteste les accusations portées contre lui.</p>



<p id="ember9596">Cette liste d’affaires, hélas non exhaustive, ne rapporte que des faits qui ont été médiatisés. <strong>Parce que le plus souvent, ça ne sort pas.</strong> D’une part parce que les conséquences sont encore trop lourdes pour les victimes qui osent parler, (oui, même aujourd’hui, en 2025 post #metoo); d’autre part parce que<strong> lorsque la parole s’exprime, les choses sont gérées, le plus souvent, en interne.</strong></p>



<p id="ember9597">Dans les formations, les stages, les retraites, ces lieux supposés être dédiés à l’écoute, à la croissance, à la bienveillance. <strong>Là où la réputation du centre, la cohésion de l’équipe pédagogique, le prestige du formateur “ancien”, pèse dans la balance, et amène à rechercher un “compromis”, trop souvent au détriment des victimes et à l’avantage de celui qui a profité de la situation</strong>.</p>



<p id="ember9598">Je vous parle de ce que j’ai vu de mes yeux, dans l’un des centres de formation en Hypnose les plus reconnus au niveau international, ou un <strong>formateur ayant été écarté après des signalements de comportements déplacés est pourtant revenu, en toute décontraction, dans les locaux, de façon informelle, boire son café et plaisanter avec des membres -femmes!- de l’équipe formatrice</strong>. Et nous autres, élèves, dont certain·es étaient au courant des faits, avons pu nous demander exactement quel message nous étions supposé·es recevoir face à ça. Même signalé, il reste légitime, il reste bienvenu.</p>



<p id="ember9599">Autre exemple, dans ce même centre : un élève plus âgé, déjà connu pour mettre mal à l’aise plusieurs participantes, imposait des contacts physiques non sollicités à répétition. “Câlins” non demandés, rapprochements inappropriés, déplacements de la frontière du consentement — dans l’espace public, devant tout le monde. Et personne, du côté de l’équipe pédagogique, ne posait de limite.</p>



<p id="ember9600"><strong>Ce sont ces non-dits, ces silences organisés, ces petits arrangements internes qui permettent aux dynamiques de prédation de s’installer dans des lieux où l’on prétend pourtant “travailler l’humain”. La question n’est pas celle de quelques “cas isolés”. Elle est systémique. Et elle interroge ce que le champ de la relation d’aide est prêt à taire pour maintenir sa vitrine.</strong></p>



<p id="ember9601"><strong>Les prédateurs « bien‑être » ne débarquent pas en terrain neutre : une partie significative de leur public potentiel a déjà connu des violences sexuelles ou physiques.</strong> Or une première agression ouvre la voie à ce qu’on appelle la revictimisation, c’est à dire le fait d’être agressé·e de nouveau plus tard.</p>



<p id="ember9602">Une méta‑analyse portant sur 80 études et plus de 12 000 survivant·es d’abus sexuels dans l’enfance montre qu’en moyenne 47,9 % d’entre eux/elles subissent au moins une autre agression sexuelle ultérieure – soit quasiment une personne sur deux !</p>



<p id="ember9603">D’autres travaux de référence (Arata, 2002) estiment que les victimes d’abus sexuels infantiles présentent 2 à 3 fois plus de probabilités d’être agressées à l’âge adulte qu’une population sans antécédent.</p>



<p id="ember9604"><strong>Certains ressorts psycho-traumatologiques favorisant la revictimisation sont bien connus dans les milieux psycho-éduqués:</strong> Un historique d’abus augmente la soif de validation (« Je veux enfin qu’on me voie/me comprenne »), un lien dissociatif ou une faible reconnaissance du risque ralentit la mise en place de limites, enfin, la honte réduit la probabilité de dénonciation.</p>



<p id="ember9605"><strong>Un filon en or pour les prédateurs en tous genres, mais aussi un “marché captif”, où l’on vend des formations, des accompagnements, des retraites, et autres programmes hautement lucratifs, avec en bonus un accès privilégié à l’intimité, tant physique que psychique, d’individus vulnérables.</strong></p>



<p id="ember9606"><strong>Le trauma devient un marché, et la prédation est non seulement sexuelle mais aussi matérielle.</strong></p>



<p id="ember9607">Il convient de souligner que ce mécanisme de prédation émotionnelle n’est pas qu’une vue de l’esprit, mais un phénomène documenté par les instances officielles.</p>



<p id="ember9608">En France, les dérives sectaires à visée « psy » ou bien-être ont pris une ampleur considérable : 40% des signalements pour dérives sectaires reçus par la MIVILUDES en 2020 concernaient le domaine de la santé et du bien-être , ce qui en fait le secteur le plus représenté. Plus récemment, la part de ces signalements liés aux pseudo-thérapies tourne toujours autour d’un tiers des cas annuels .</p>



<p id="ember9609">Derrière ces chiffres, on retrouve des centaines de situations de dépendance psychologique, souvent au préjudice de personnes vulnérables. La loi française a d’ailleurs intégré cette réalité en réprimant le « manquement à la vulnérabilité » : le délit d’abus de faiblesse (Article 223-15-2 du Code pénal) vise précisément l’exploitation frauduleuse de l’état de faiblesse d’une personne sous emprise.</p>



<p id="ember9610">C’est sous cette qualification que sont poursuivis de nombreux gourous et faux thérapeutes, y compris dans l’affaire du yoga tantrique mentionnée plus haut. Cette reconnaissance juridique souligne que la prédation par emprise mentale est désormais identifiée comme une forme de violence à part entière, même si elle ne laisse pas de traces physiques immédiates.</p>



<p id="ember9611">Un aspect troublant du phénomène évoqué est la manière dont des logiques traditionnelles de domination masculine se transposent dans un registre en apparence bienveillant et progressiste. <strong>Autrement dit, le pouvoir patriarcal sait se « recycler » : privés de leurs leviers classiques (statut hiérarchique, financier, force physique, etc.), certains hommes investissent le rôle du sauveur empathique pour exercer une influence sur les femmes.</strong></p>



<p id="ember9612">On peut analyser cette posture en la rapprochant du concept de sexisme bienveillant théorisé en psychologie sociale. Le sexisme bienveillant désigne “une attitude sexiste implicite, teintée de chevalerie, qui a l’apparence de l’anodin et semble même positive”. Dans le contexte qui nous intéresse, le thérapeute/coach masculin “safe” prétend valoriser la femme (il vante son courage, la fait sentir vue, perçue, dans ses pécificités, lui promet une révélation de son potentiel, etc.), mais il la place simultanément en situation de dépendance vis-à-vis de lui, seul détenteur du savoir pour la « guider vers le mieux-être », quand il ne la pathologise pas franchement.</p>



<p id="ember9613">Les outils de prédation déployés dans ces milieux pseudo-thérapeutiques peuvent être très élaborés. La relation d’aide est totalement instrumentalisée: l’usage du “vernis thérapeutique” donne au prédateur une crédibilité initiale : “diplômes” et certifications parfois ésotériques, jargon psychologique, références à des approches exotiques (énergie, chamanisme, etc.) le font passer pour un professionnel légitime et inoffensif.</p>



<p id="ember9614"><strong>On observe également chez ces praticiens un usage calculé des termes féministes ou thérapeutiques à la mode.</strong></p>



<p id="ember9615"><strong>Des militant·e·s ont mis en garde contre ce profil du “féministe performatif” : “</strong><strong><em>Méfiez-vous des hommes qui utilisent le langage de la justice sociale pour vous manipuler</em></strong><strong>”.</strong></p>



<p id="ember9616">L’agresseur potentiel peut se dire déconstruit et respectueux, ce sont autant de codes de bienveillance qu’il instrumentalise pour gagner la confiance. Cette récupération du langage progressiste est particulièrement perverse, car elle brouille les repères de la victime qui y voit initialement un gage de sûreté (“il comprend les femmes, il est différent des autres hommes dominants”).<br><br><strong>On retrouve là ce “terrifiant hybride de masculinité toxique et de féminisme” dénoncé par certaines auteures , où l’oppresseur avance masqué en allié des femmes.</strong></p>



<p id="ember9619"><strong>Les métiers de l’accompagnement confèrent, qu’on le veuille ou non, un déséquilibre de pouvoir dans la relation. Et c’est précisément dans ces interstices de pouvoir non clairement nommés ou définis que s’installent certaines des dérives les plus insidieuses.</strong><br>Les femmes ne se font pas piéger parce qu’elles sont naïves ou faibles. <strong>Elles se font piéger parce que ça ne ressemble pas à un piège. </strong>Parce que ça arrive dans cette fameuse zone grise, là où les intentions sont floues, les signaux ambigus, la posture flattée. Parce qu’on doute – surtout quand on a déjà été brisée. On se dit : <em>et si c’était moi qui exagérais ?</em> <em>Et si je gâchais une relation précieuse ?</em><br>Ce doute-là, les prédateurs le connaissent. Et ils s’y faufilent.<br>C’est pour ça qu’il faut continuer à ouvrir ces conversations, même inconfortables. Dans les milieux du soin, du bien-être, de la santé mentale, on ne peut pas se contenter de bonnes intentions. Il faut penser et repenser les cadres, les dynamiques, les asymétries.<br><strong>Il faut nommer les zones grises, interroger les bénéfices secondaires des postures d’écoute ou de savoir, débusquer ce qui, parfois, se rejoue malgré nous.</strong><br>Cette réflexion existe déjà dans certains cercles féministes, décoloniaux, queer, antivalidistes. Mais elle doit devenir centrale. Créer des espaces réellement safe, c’est un processus actif, jamais acquis.</p>



<p id="ember9625"><strong>Ça demande d’apprendre à se regarder en face, entre praticien·nes, sans complaisance. Ça demande de politiser nos pratiques. Et de se rappeler que là où il y a un pouvoir il y a aussi une responsabilité. Immense.</strong></p>



<p>© Lola Sliwinski &#8211; Apr 2025</p>



<p></p><p>The post <a href="https://psyfrontignan.com/predation-masquee-dans-le-bien-etre-la-sante-mentale-quand-les-loups-se-deguisent-en-agneaux-therapeutiques/">Prédation masquée dans le bien-être & la santé mentale: Quand les loups se déguisent en agneaux thérapeutiques.</a> first appeared on <a href="https://psyfrontignan.com">Psy Frontignan - Psychothérapie & Hypnose - Frontignan, Sète, Balaruc</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>La santé mentale et ses enjeux dans le contexte socio-politique</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Mar 2025 20:41:20 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-uagb-image uagb-block-999a6056 wp-block-uagb-image--layout-default wp-block-uagb-image--effect-static wp-block-uagb-image--align-none"><figure class="wp-block-uagb-image__figure"><img decoding="async" srcset="https://psyfrontignan.com/wp-content/uploads/2025/03/caitalismtherapy-1024x769.jpeg ,https://psyfrontignan.com/wp-content/uploads/2025/03/caitalismtherapy.jpeg 780w, https://psyfrontignan.com/wp-content/uploads/2025/03/caitalismtherapy.jpeg 360w" sizes="auto, (max-width: 480px) 150px" src="https://psyfrontignan.com/wp-content/uploads/2025/03/caitalismtherapy-1024x769.jpeg" alt="“Vous avez déjà réfléchi à la façon dont la culture de la thérapie libérale empêche l’action collective en transformant la santé mentale en une question purement individuelle ?”" class="uag-image-7123" width="1280" height="961" title="“Vous avez déjà réfléchi à la façon dont la culture de la thérapie libérale empêche l’action collective en transformant la santé mentale en une question purement individuelle ?”" loading="lazy" role="img"/></figure></div>



<p class="has-text-align-center has-small-font-size"><strong><em>Traduction: “Vous avez déjà réfléchi à la façon dont la culture de la thérapie libérale empêche l’action collective en transformant la santé mentale en une question purement individuelle ?”</em></strong>  Image: Reddit</p>



<p></p>



<p>La santé mentale est souvent abordée comme une question individuelle, un problème personnel à régler par l’introspection et les soins psychologiques. <br>Pourtant, elle est indissociable des structures politiques, économiques et sociales qui façonnent nos vies. <br>La souffrance psychique n’est pas seulement une expérience interne ; elle est en grande partie une réaction à des conditions d’existence injustes, inégalitaires et oppressives.</p>



<p>Dans une société où la flexibilité et l’adaptation sont devenues des injonctions, la santé mentale est souvent abordée sous l’angle de la responsabilisation personnelle : il faudrait apprendre à “gérer son stress”, à “renforcer sa résilience”, à “travailler sur soi”. <br><br><strong>Mais jusqu’à quel point cet appel à l’adaptation ne constitue-t-il pas une forme d’accommodation à un monde fondamentalement dysfonctionnel ?</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading has-medium-font-size"><strong>Dissonance cognitive et hypernormalisation : une santé mentale sous pression</strong></h2>



<p>La <strong>dissonance cognitive</strong>, concept introduit par Leon Festinger en 1957, désigne la tension, le malaise interne ressenti lorsqu’un individu est confronté à des réalités, des croyances ou des valeurs contradictoires. Un exemple peut être le malaise que peuvent ressentir certains consommateurs de viande en visionnant des images de mise à mort de bétail, ou de séparation d&rsquo;un veau et de sa mère. <br>Dans nos sociétés contemporaines, cette dissonance est exacerbée par des structures économiques et politiques qui imposent des normes de vie contraires aux besoins humains fondamentaux.</p>



<p>Ce phénomène se retrouve notamment dans la façon dont le capitalisme impose un mode de vie hyper-productif, tout en promouvant un idéal de bien-être et d’épanouissement personnel, créant une <strong>double contrainte</strong> : il faut être performant, rentable et compétitif, tout en étant en quête d’équilibre et de sérénité. Cette injonction paradoxale est au cœur des souffrances psychiques modernes.</p>



<p>C’est dans ce contexte que le concept d’<strong>hypernormalisation</strong>, développé par Alexeï Iourtchak dans ses études sur l’URSS et popularisé par Adam Curtis dans son documentaire <em>HyperNormalisation</em> (2016), prends son sens: il décrit comment les élites politiques et économiques créent une réalité simplifiée et artificielle pour maintenir un contrôle sur la population, alors même que tout le monde sait que ce système est absurde ou mensonger. <br>Ainsi, l<strong>es individus perçoivent instinctivement que le système est dysfonctionnel et artificiel, mais continuent de l&rsquo;alimenter, malgré un malaise croissant, faute d’alternatives perçues</strong>.</p>



<p class="has-ast-global-color-3-color has-text-color has-link-color wp-elements-9833f22f36c54970c1baadf9ff56f275">Dans le domaine de la santé mentale, cela se traduit par une pression constante sur les individus pour <strong>s’adapter à un monde qui ne fonctionne pas</strong>, plutôt que de remettre en question les structures qui génèrent la souffrance. Comme l’explique la psychiatre palestinienne <strong><a href="https://www.instagram.com/jabrsamah" title="">Samah Jabr</a></strong>, la souffrance psychique des peuples opprimés ne peut être comprise uniquement en termes cliniques, mais doit être envisagée comme une réponse rationnelle à un environnement injuste (dans: <em>Beyond the Frontlines: Tales of Resistance and Resilience in Palestine</em>).</p>



<p>Ainsi, lorsqu’une personne ressent un mal-être lié à des conditions de travail précaires, au coût exorbitant du logement ou à un système économique inégalitaire, la réponse dominante ne sera pas de questionner ces structures, mais de l’inviter à développer sa “résilience”. <br><strong>On individualise alors une souffrance pourtant politique et systémique.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading has-medium-font-size"><strong>Capitalisme, uniformisation et marginalisation de la diversité humaine : une fabrique à handicaps artificiels</strong></h2>



<p>Le capitalisme contemporain repose sur un principe fondamental : <strong>l’optimisation de la productivité et de la consommation de masse</strong>. Pour atteindre cet objectif, il impose des normes de vie standardisées, façonnées autour d’un idéal de rentabilité et de conformité. <br><strong>Tout ce qui échappe à cette norme devient un problème à corriger, une “déviance” à médicaliser ou à marginaliser.</strong></p>



<p>C’est ainsi que <strong>des différences pourtant naturelles et nécessaires au bon fonctionnement des sociétés humaines deviennent des handicaps artificiels</strong>. Par exemple :</p>



<p>• <strong>La neurodiversité</strong> : Le modèle capitaliste valorise une concentration linéaire et une capacité à fonctionner selon des rythmes rigides (8h-17h, productivité continue). Les personnes autistes, TDAH ou autrement neurodivergentes, dont les besoins et modes de fonctionnement sont différents mais souvent porteurs de créativité et d’innovation, sont considérées comme “inadaptées” au marché du travail tel qu’il est conçu. Pourtant, dans d’autres modèles de société, ces mêmes caractéristiques seraient valorisées, par et pour ce qu&rsquo;elles apportent de complémentaire, de nécéssaire.</p>



<p>• <strong>Les gauchers</strong> : Historiquement, ils représentent environ <strong>10 à 13 % de la population</strong>, un pourcentage constant à travers les époques. Si cette proportion demeure stable, c’est qu’elle <strong>remplit une fonction essentielle dans la diversité humaine</strong>. Mais dans les sociétés industrialisées, tout a été conçu pour les droitiers : des outils aux postes de travail, les forçant ainsi à une adaptation constante qui crée des désavantages artificiels. Dans certaines traditions, comme chez les Catholiques, être gaucher a été <strong>associé à des connotations négatives</strong>, et l’idée que la gaucherie était <strong>“contre-nature” ou maléfique</strong> (« la main du diable ») a mené à des persécutions, des discriminations et des pratiques de correction violentes.</p>



<p class="has-ast-global-color-3-color has-text-color has-link-color wp-elements-23683d3575a2b33461b06a8757ea3b6e">• <strong>Les personnes queer</strong> : Les structures capitalistes et patriarcales ont longtemps cherché à <strong>invisibiliser et pathologiser</strong> les identités de genre et orientations sexuelles qui ne rentraient pas dans le moule hétéronormatif. Comme le note <strong><a href="https://www.instagram.com/ochy.curiel/" title="">Ochy Curiel</a></strong>, anthropologue féministe décoloniale, l’imposition de la binarité de genre dans les sociétés occidentales s’est accompagnée d’un contrôle du corps et des rôles sociaux, renforcé par des institutions religieuses et économiques (dans: <em>La Nación Heterosexual</em>). Pourtant, <a href="https://www.worldhistory.org/article/1790/lgbtq-in-the-ancient-world/" title="">les personnes queer ont été, dans les civilisations anciennes, à travers le monde, partie intégrante de la société</a>.</p>



<p>• <strong>Le sommeil et les rythmes biologiques</strong> : Le capitalisme impose un rythme de vie <strong>artificiel et standardisé</strong>, où tout le monde doit dormir aux mêmes heures et travailler selon un modèle figé. Or, historiquement et biologiquement, <strong>toutes les sociétés humaines ont toujours compté sur des individus aux cycles de sommeil décalés</strong> : certains veillaient tard, d’autres se levaient à l’aube, assurant ainsi une <strong>sécurité collective</strong>. L’exigence actuelle d’un sommeil uniforme (8h d’affilée la nuit) ne tient aucun compte de cette diversité naturelle et génère <strong>des troubles du sommeil artificiels</strong>, médicalisés et traités comme des “dysfonctionnements” alors qu’ils sont en partie une <strong>réaction à une norme inadaptée</strong>.</p>



<h2 class="wp-block-heading has-medium-font-size"><strong>Une société qui exclut au lieu de s’adapter</strong></h2>



<p>Ce que montre cette logique, c’est que <strong>le problème n’est pas l’individu qui ne rentre pas dans le moule, mais le moule lui-même qui est mal conçu</strong>. <br><strong>Dans une société communautaire et diversifiée, chaque individu trouve une place où ses spécificités sont valorisées.</strong> À l’inverse, une société standardisée crée <strong>des exclus</strong>, non pas parce qu’ils sont “anormaux”, mais parce que le modèle dominant ne laisse pas de place aux différences.</p>



<p>C’est une réflexion que l’on retrouve dans les <strong>études critiques du handicap</strong> (<em>Critical Disability Studies</em>), qui affirment que <strong>le handicap n’est pas une déficience individuelle mais une construction sociale</strong> : un fauteuil roulant n’est pas un problème si la ville est conçue pour être accessible ; un autiste non verbal n’est pas un “handicapé” si le monde valorise d’autres formes de communication.</p>



<p class="has-ast-global-color-3-color has-text-color has-link-color wp-elements-a928952f896a0ee569d115852eb2ddf2">Comme l’écrit<a href="https://www.instagram.com/sunaura_taylor/" title=""> <strong>Sunaura Taylo</strong></a><strong>r</strong>, militante et chercheuse en études du handicap et féminisme intersectionnel :</p>



<p><em>“Le handicap est une oppression issue de la manière dont nous organisons la société, pas de la biologie des individus.”</em> (dans: <em>Beasts of Burden: Animal and Disability Liberation</em>).</p>



<p>Cette perspective remet en cause <strong>la psychiatrisation et la médicalisation forcée de la différence</strong>: il ne s’agit pas de “réparer” des individus jugés déviants, mais bien <strong>d’adapter la société pour qu’elle reflète réellement la diversité humaine</strong>.</p>



<h2 class="wp-block-heading has-medium-font-size"><strong>Thérapie “blanche”, colonisation du savoir et uniformisation des pratiques de soin</strong></h2>



<p>Les modèles thérapeutiques dominants en Occident reposent principalement sur des approches issues de la psychanalyse, des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et des neurosciences appliquées à la psychopathologie. Ces modèles, développés <strong>dans un cadre culturel, historique et politique précis</strong> — celui des sociétés européennes et nord-américaines modernes — sont souvent <strong>présentés comme universels</strong>, alors qu’ils ne le sont pas.</p>



<p>La thérapie “blanche” impose une vision de la souffrance psychique qui s’inscrit <strong>dans une épistémologie occidentale individualiste</strong>. L’un des problèmes majeurs de cette approche est qu’elle <strong>dissocie l’individu de son contexte politique, social et historique</strong>, en faisant reposer sur lui seul la responsabilité de son bien-être.</p>



<p>L’anthropologue et psychiatre <strong>Roberto Beneduce</strong>, spécialiste de l’ethnopsychiatrie et de la souffrance psychique des personnes migrantes, critique cette approche :</p>



<p><em>“L’idée selon laquelle la souffrance psychique est strictement individuelle est une construction eurocentrée. Dans de nombreuses cultures, elle est avant tout une expérience collective, où la guérison implique des liens avec l’ancestralité, la communauté et l’environnement.”</em> (dans: <em>Frantz Fanon, psychiatre de la décolonisation</em>).</p>



<p>Cette critique rejoint les travaux de <strong>Frantz Fanon</strong>, psychiatre martiniquais et militant anticolonial, qui dénonçait déjà en 1961 dans <em>Les Damnés de la Terre</em> la manière dont la psychiatrie coloniale pathologisait la révolte des peuples colonisés. Il expliquait que <strong>le racisme et la domination systémique sont eux-mêmes des producteurs de souffrance psychique</strong>, et que vouloir les soigner sans remettre en cause les structures de domination revenait à <strong>réadapter les individus à leur oppression plutôt qu’à leur permettre de la combattre</strong>.</p>



<p>Ironiquement, alors que la psychologie et la psychiatrie occidentales ont longtemps rejeté les approches traditionnelles et communautaires des soins psychiques (rituels, pratiques corporelles, médecines indigènes, etc.), on assiste aujourd’hui à un phénomène d’<strong>appropriation culturelle</strong> dans le domaine du bien-être.<br><strong>Le yoga, la méditation, le qi gong</strong> : ces pratiques spirituelles asiatiques, profondément ancrées dans des systèmes de pensée holistiques, sont aujourd’hui réduites à de simples outils de “gestion du stress” dans les thérapies occidentales, souvent dépolitisées et vidées de leur sens originel.<br><strong>Les thérapies psychédéliques</strong>, ou des substances comme l’ayahuasca, ou la psilocybine, utilisées dans des contextes rituels en Amazonie depuis des siècles, font l’objet d’un engouement en Occident pour le traitement du PTSD et de la dépression — mais souvent sans reconnaissance des savoirs indigènes et sans prise en compte de leur ancrage culturel et spirituel.</p>



<p>Comme le souligne <strong>Bayo Akomolafe</strong>, philosophe nigérian et spécialiste des épistémologies décoloniales :</p>



<p><em>“L’Occident extrait les pratiques spirituelles des peuples indigènes et les transforme en biens de consommation, sans jamais remettre en cause les structures coloniales qui ont cherché à les détruire en premier lieu.”</em> (dans: <em>These Wilds Beyond Our Fences</em>).</p>



<h2 class="wp-block-heading has-medium-font-size"><strong>Individualisme vs besoin de communauté : La solitude comme symptôme politique</strong></h2>



<p>Les sociétés occidentales contemporaines sont profondément <strong>individualistes</strong>. L’accent mis sur la performance individuelle, l’autonomie et l’indépendance économique crée une vision du bien-être où <strong>chacun est responsable de sa propre réussite et de son propre équilibre psychologique</strong>.</p>



<p>En conséquence, <strong>les souffrances psychiques sont souvent pathologisées comme des problèmes personnels</strong>, alors qu’elles sont en grande partie des réponses <strong>rationnelles à des conditions sociales hostiles</strong> :<br>L’isolement social n’est pas un “défaut de caractère”, mais une conséquence d’un monde qui détruit les liens communautaires.<br>Le burn-out n’est pas une faiblesse individuelle, mais le résultat d’un <strong>modèle économique qui surexploite les travailleurs</strong>.<br>L’anxiété face à l’avenir n’est pas un “trouble mental”, mais <strong>une réaction lucide face à l’effondrement écologique, aux inégalités et à la précarisation du travail</strong>.</p>



<p>Dans un contexte où <strong>les communautés traditionnelles ont été dissoutes par l’urbanisation, la mobilité du travail et l’économie de marché</strong>, la gestion des souffrances psychiques est de plus en plus privatisée. Ce phénomène est décrit par la sociologue <strong>Eva Illouz</strong> (<em>Les marchandises émotionnelles</em>) qui montre comment <strong>le capitalisme a transformé nos émotions et nos relations en produits de consommation</strong> :</p>



<p><em>“L’Occident a progressivement remplacé les liens communautaires par des solutions individualisées et marchandes. La solitude, autrefois atténuée par la famille élargie et le voisinage, est aujourd’hui “soignée” par des thérapies, des applications de bien-être et des industries du développement personnel.”</em></p>



<p>L’individualisme occidental se reflète aussi dans l’approche dominante en <strong>psychologie clinique et en thérapie</strong>. Par exemple, <strong>la thérapie cognitivo-comportementale (TCC)</strong>, très répandue, vise à <strong>modifier les pensées et comportements de l’individu</strong>, sans forcément prendre en compte l’environnement systémique et politique dans lequel il évolue.</p>



<p>Contrairement à cette approche individualiste, <strong>de nombreuses cultures placent la guérison dans un cadre collectif</strong>. Dans certaines sociétés africaines, sud-américaines ou asiatiques, le bien-être psychologique est indissociable de la <strong>famille, du groupe et des rituels communautaires</strong>.<br><strong>La “cura” collective en Amérique latine</strong> : Dans les traditions afro-brésiliennes et indigènes, la guérison passe par <strong>des pratiques spirituelles et des interactions sociales renforcées</strong>, plutôt que par une introspection purement individuelle.<br><strong>Les cercles de parole dans les cultures autochtones</strong> : Plutôt que de s’isoler avec un thérapeute, les individus partagent <strong>leurs souffrances dans des groupes</strong>, où le soutien mutuel est considéré comme fondamental pour la reconstruction psychique.</p>



<p>Cette logique s’oppose à l’injonction occidentale à “se débrouiller seul”, qui finit souvent par <strong>renforcer la souffrance au lieu de la soulager</strong>. Comme l’explique la psychologue <strong>Sunita Reddy</strong>, spécialiste de la santé mentale dans les communautés indiennes :</p>



<p><em>“Dans de nombreuses sociétés non occidentales, le mal-être est d’abord vu comme une question collective. Soigner l’individu sans restaurer les liens avec la communauté revient à traiter un symptôme sans s’attaquer à la cause.”</em> (dans: <em>Community Healing in India: Indigenous Practices and Mental Well-being</em>).</p>



<p>En Occident, certains mouvements commencent à intégrer ces pratiques communautaires dans le soin psychologique. Par exemple, <strong>les thérapies basées sur le pair-accompagnement</strong> (où d’anciens patients formés aident de nouvelles personnes en souffrance) sont une tentative de recréer du <strong>lien social et du soutien mutuel</strong> dans un cadre de soin.</p>



<h2 class="wp-block-heading has-medium-font-size"><strong>Les cycles de domination et la reproduction des oppressions : de la sphère intime aux systèmes globaux</strong></h2>



<p>L’un des aspects les plus méconnus du lien entre santé mentale et politique est la façon dont les systèmes de domination se reproduisent et s’entrelacent à plusieurs niveaux : familial, sociétal et mondial. L’oppression n’est pas un phénomène isolé ; elle est transmise de génération en génération et se réplique à différentes échelles.</p>



<p>Dans <em>Le Berceau des dominations</em>, l’anthropologue <strong>Dorothée Dussy</strong> démontre comment l’inceste, loin d’être une simple transgression individuelle, fonctionne comme un <strong>système structurant d’apprentissage de la domination</strong>. Elle explique que l’inceste est une forme d’initiation à la soumission, qui enseigne aux enfants que leur corps n’est pas leur propriété, qu’ils ne peuvent pas fixer de limites et que leur volonté peut être écrasée par des figures d’autorité. Ce conditionnement se retrouve ensuite dans d’autres formes d’oppression sociale : sexisme, racisme, exploitation économique.</p>



<p>Ce que révèle Dussy, c’est que <strong>la famille est le premier espace où s’exerce la domination</strong>, un modèle qui est ensuite reproduit dans la société. Ce n’est pas un hasard si les régimes totalitaires, les systèmes d’exploitation économique et les hiérarchies oppressives se structurent sur les mêmes logiques d’abus de pouvoir et de silenciation des victimes.</p>



<h2 class="wp-block-heading has-medium-font-size"><strong>L’enfant : la personne la plus maltraitée au monde</strong></h2>



<p class="has-ast-global-color-3-color has-text-color has-link-color wp-elements-368391c018a212ddbe9a4c597176ab11">L’enfance est une période où l’individu est entièrement vulnérable aux structures de pouvoir. Comme l’explique la réalisatrice et autrice <strong><a href="https://www.instagram.com/marion_cuerq" title="">Marion Cuerq</a></strong> dans son documentaire <em>Même qu’on naît imbattables !</em>, les enfants sont la population la plus maltraitée à travers toutes les intersections de discriminations. Ils n’ont <strong>ni autonomie, ni droit réel à la protection, ni moyens de défendre leur intégrité physique et psychique</strong>.</p>



<p>Les violences éducatives ordinaires (VEO) – coups, humiliations, punitions injustifiées – sont des pratiques si normalisées qu’elles sont rarement reconnues comme des formes de maltraitance. Pourtant, <strong>elles constituent une première école de la violence</strong>, où les enfants apprennent qu’ils doivent obéir sans discuter, encaisser la douleur et accepter que les figures d’autorité aient un droit absolu sur eux.</p>



<p>Ces traumatismes précoces façonnent des adultes fragilisés, plus enclins à reproduire des schémas de soumission ou de violence. Ce qui est infligé aux enfants sert de <strong>laboratoire pour les formes d’oppression à plus grande échelle</strong>. Un enfant à qui l’on apprend qu’il doit supporter des injustices sans broncher deviendra un adulte plus malléable, plus facile à exploiter dans un système économique inégalitaire, ou plus enclin à accepter un régime autoritaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading has-medium-font-size"><strong>Le trauma infantile et la perpétuation des structures de pouvoir</strong></h2>



<p>Les enfants victimes de maltraitance développent souvent <strong>des mécanismes de survie</strong>, comme la dissociation, la soumission à l’autorité ou la difficulté à fixer des limites. Ces mécanismes, adaptatifs dans l’enfance, deviennent ensuite des <strong>entraves à l’émancipation</strong> une fois adultes.</p>



<p>De nombreuses études en psychologie du trauma montrent que les individus ayant subi des traumatismes infantiles non résolus sont plus enclins à <strong>se retrouver dans des relations abusives, à accepter des conditions de travail toxiques et à intérioriser des systèmes de domination</strong>.</p>



<p>Ainsi, au-delà du cadre familial, <strong>les violences faites aux enfants façonnent les sociétés</strong> : elles produisent des adultes plus vulnérables, plus enclins à accepter la souffrance et la subordination, et donc plus faciles à exploiter dans des systèmes injustes. La santé mentale n’est donc pas qu’une question de bien-être personnel, elle est un <strong>enjeu politique de résistance et de transformation sociale</strong>.</p>



<h2 class="wp-block-heading has-medium-font-size"><strong>L’accès aux soins : une barrière sociale et économique</strong></h2>



<p>Si la souffrance psychique est systémique, l’accès aux soins est lui aussi profondément inégalitaire. Dans de nombreux pays, l’offre de soins en santé mentale est segmentée entre un secteur public sous-financé, aux délais d’attente interminables, et un secteur privé onéreux, inaccessible à une grande partie de la population. Cette division renforce l’injustice sociale, où seuls ceux ayant les moyens financiers peuvent bénéficier d’un accompagnement adéquat.</p>



<p class="has-ast-global-color-3-color has-text-color has-link-color wp-elements-cf937d5e48bc731be420d1984a6fb68c">Comme le souligne <strong><a href="https://x.com/chinatmills" title="">China Mills</a></strong> dans <em>Decolonizing Global Mental Health</em>, la médicalisation de la souffrance dans le modèle occidental repose sur une approche individualiste qui invisibilise les <strong>conditions de vie et les déterminants sociaux de la santé mentale</strong>. <strong>Le coût des soins devient une barrière structurelle</strong>, excluant les plus précaires et marginalisant davantage ceux qui subissent déjà des oppressions multiples.</p>



<p>L’accessibilité aux soins est aussi une question de reconnaissance culturelle. <strong>Les populations migrantes ou issues de la majorité globale</strong>, en plus des obstacles économiques, rencontrent des difficultés supplémentaires pour accéder à des soins adaptés à leurs réalités. De nombreux modèles thérapeutiques restent centrés sur une vision <strong>occidentale, blanche et individualiste</strong>, ignorant les approches collectives, spirituelles et communautaires qui peuvent être mieux adaptées à certains contextes.</p>



<p>En conséquence, l’accès aux soins en santé mentale <strong>n’est pas seulement une question médicale, mais une question de justice sociale</strong>. Une véritable transformation du système nécessiterait de <strong>rendre les soins accessibles financièrement, culturellement et structurellement</strong>, en reconnaissant la diversité des besoins et des pratiques de soin à travers les sociétés.</p>



<h2 class="wp-block-heading has-medium-font-size"><strong>Conclusion</strong></h2>



<p>Si les modèles dominants tendent à la réduire à une simple question de bien-être personnel, occultant ainsi les réalités sociales, économiques et historiques qui façonnent la souffrance psychique, la santé mentale ne saurait être dissociée des structures de pouvoir qui organisent nos sociétés. </p>



<p>Le capitalisme impose des normes de vie qui marginalisent les différences, considérées comme des “anomalies” à corriger plutôt que comme des expressions naturelles de la diversité humaine. La psychiatrisation de ces différences participe à une violence épi-systémique, dans laquelle seuls les savoirs occidentaux sont légitimés, tandis que les pratiques de soin issues d’autres traditions sont marginalisées ou récupérées à des fins de consommation de masse.</p>



<p>Les structures de domination s’imbriquent à plusieurs niveaux : <strong>dans la famille, à travers les abus, les violences « éducatives », et l’apprentissage de la soumission ; dans la société, via l’exploitation économique et la marginalisation des voix dissidentes ; à l’échelle mondiale, par la perpétuation des hiérarchies coloniales et capitalistes</strong>. Chaque échelle alimente l’autre, formant un cycle où <strong>les traumatismes passés continuent de structurer les oppressions présentes</strong>.</p>



<p>De plus, <strong>l’inégalité d’accès aux soins renforce ces dynamiques d’exclusion et d’invisibilisation</strong>. Un système de santé qui repose sur des barrières économiques et culturelles reproduit les hiérarchies existantes et empêche les plus vulnérables d’accéder à un soutien adapté. Transformer notre approche de la santé mentale ne consiste donc pas seulement à mieux soigner les individus, mais à <strong>réinventer un système où le soin est un droit et non un privilège</strong>.</p>



<p><strong>Comme l’écrivait Frantz Fanon, “<em>chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir</em>.” <br>La santé mentale ne peut se résumer à une gestion individuelle de la détresse ; <strong>loin d’être un simple enjeu clinique,</strong></strong> <strong>elle est un acte de résistance, une quête de justice et de réappropriation de nos existences face aux structures qui nous oppriment.</strong></p>



<p><strong><em>Sources</em></strong>:</p>



<p>Akomolafe, B. (2017). <em>These Wilds Beyond Our Fences: Letters to My Daughter on Humanity’s Search for Home</em>. North Atlantic Books.<br>Beneduce, R. (2016). <em>Frantz Fanon, psychiatre de la décolonisation</em>. La Découverte.<br>Boumediene, S. (2016). <em>La colonisation du savoir : Une histoire des plantes médicinales du ‘Nouveau Monde’ (1492-1750)</em>. Éditions des Mondes à Faire.<br>Cuerq, M. (2017). <em>Même qu’on naît imbattables !</em> [Documentaire].<br>Curtis, A. (2016). <em>HyperNormalisation</em> [Documentaire]. BBC.<br>Curiel, O. (2013). <em>La Nación Heterosexual: Análisis del discurso jurídico y el régimen heterosexual desde la antropología de la dominación</em>. Ediciones Corte y Confección.<br>Dussy, D. (2013). <em>Le berceau des dominations: Anthropologie de l’inceste</em>. La Découverte.<br>Fanon, F. (1961). <em>Les Damnés de la Terre</em>. François Maspero.<br>Festinger, L. (1957). <em>A Theory of Cognitive Dissonance</em>. Stanford University Press.<br>Illouz, E. (2019). <em>Les marchandises émotionnelles: L’authenticité au temps du capitalisme</em>. Seuil.<br>Iourtchak, A. (2006). <em>Everything Was Forever, Until It Was No More: The Last Soviet Generation</em>. Princeton University Press.<br>Jabr, S. (2017). <em>Beyond the Frontlines: Tales of Resistance and Resilience in Palestine</em>. Just World Books.<br>Mills, C. (2014). <em>Decolonizing Global Mental Health: The Psychiatrization of the Majority World</em>. Routledge.<br>Reddy, S. (2019). <em>Community Healing in India: Indigenous Practices and Mental Well-being</em>. Oxford University Press.<br>Taylor, S. (2017). <em>Beasts of Burden: Animal and Disability Liberation</em>. The New Press.<br>Van der Kolk, B. (2014). <em>The Body Keeps the Score: Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma</em>. Viking.<br><br>Article écrit par un humain (Lola Sliwinski), relecture à l&rsquo;aide de l&rsquo;IA. </p>



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